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Le 19 juillet autour du monde

19 juillet, 2020 · Actualité

Rey Vila, "19 juillet" paru dans "Images de la Révolution Espagnole ".

Nous sommes aujourd’hui le 19 juillet, le 84e anniversaire de la révolution de 1936. Une date dont la signification historique va bien au-delà de l’histoire espagnole et qui a imposé une rupture si profonde dans l’histoire espagnole que même aujourd’hui l’État mobilise en masse des lois et des ressources pour essayer de nous convaincre qu’elle n’a jamais existé, qu’il n’y a pas eu de révolution ouvrière mais plutôt de l’antifascisme et de la défense de la démocratie. Ce n’est en aucun cas un phénomène unique. Cette année, en Corée du Sud, le 40e anniversaire de la commune de Gwangju a été célébré en grande pompe par l’État alors qu’il tentait de transformer une insurrection ouvrière massive en une lutte pour la démocratie. Dans la bataille pour la mémoire, les classes dirigeantes ne tolèrent aucun autre récit que celui qu’elles appellent le récit démocratique. Et la perspective est que cette implantation de la mémoire sera de plus en plus importante dans la propagande d’État, car les mêmes forces après le 19 juillet ou Gwangju, sont à nouveau en hausse. Et cela vaut également pour les pays qui ont subi au premier rang la contre-révolution stalinienne -celle-là même qui a écrasé la révolution espagnole– tant dans sa forme originelle en URSS que dans ses dérivés chinois.

Grève des chauffeurs en Chine.

Le chômage en Chine reste aujourd’hui exceptionnellement élevé : 5,7 % sans compter les migrants intérieurs qui pourraient facilement doubler le nombre. La consommation de denrées de base, la mesure que donne le capitalisme du niveau de satisfaction des besoins fondamentaux, a chuté de près de 2 %, soit le même niveau de chute que le revenu disponible par habitant dans les zones urbaines. Et comme nous l’avons constaté semaine après semaine, tout s’accompagne d’une augmentation des tensions militaires aux frontières et d’un bombardement nationaliste massif et accompagné d’une augmentation du contrôle et de la répression dans tous les domaines. Et pourtant, le vieux fantôme de la lutte des classes est inarrêtable : grèves et manifestations ouvrières se sont multipliées au cours du dernier mois, de la construction aux riders et du secteur automobile aux chauffeurs.

Les travailleurs de la construction font grève et manifestent en Russie pour des salaires impayés.

La Russie, au milieu d’une reconfiguration de l’appareil politique du régime, ne fait pas non plus exception. Dans tout le pays, les travailleurs migrants protestent en raison des salaires impayés et du fait qu’ils ne peuvent même pas rentrer chez eux pour se protéger de la pandémie. Les travailleurs de la construction à l’aéroport de Moscou se sont mis en grève spontanée avant-hier et les premières nouvelles sont sorties d’une grève à la nouvelle tour Gazprom à Saint-Pétersbourg. Depuis les tramways de Saratov jusqu’aux usines à gaz de l’Amour, en passant par les collecteurs d’ordures de la moitié du pays, le flot de mobilisations et de grèves se transforme en une inondation.

On pourrait continuer continent par continent et pays par pays. Dans quelques semaines, nous aurons une nouvelle infographie résumant ce mois. Mais ce n’est pas ce qui est important aujourd’hui.

Il est vrai que quatre-vingt-quatre ans après la Révolution espagnole, alors qu’elle ne peut être directement rappelée que par une poignée de personnes âgées, nous devons résister à l’idée de voir notre histoire transformée en une mémoire démocratique implantée. Mais surtout, nous devons refuser qu’elle reste confinée dans l’histoire. Les forces qui ont conduit cette insurrection massive, capables de vaincre à la fois la République démocratique, le coup d’État militaire et le fascisme, sont toujours présentes et s’affirment de plus en plus fortement dans le monde. La révolution espagnole, ses leçons et ce qu’elle signifie, importent non pas pour ce qui a été laissé derrière, mais pour ce qui est à venir. Elle n’est pas de la mémoire ou de l’histoire, elle est l’avenir.