Les grèves de la rentrée scolaire

24 septembre, 2020 · Actualité

La presse internationale cache, derrière les infos sur lesgrèves du climat et du cirque suisse d’Extinction Rebellion, un mouvement mondial de luttes dans lequel les travailleurs du milieu scolaire se battent pour des revendications similaires au-delà des clivages de classe et souvent de plus en plus en marge des syndicats.

Espagne

Bilbao le 15 septembre dernier.

La semaine dernière, une journée de grève syndicale a eu lieu au Pays Basque, avec des écoles fermées et des bus scolaires circulant pratiquement sans élèves. Il n’y avait pas que les enseignants, il y avait aussi un grand nombre de personnes parmi les travailleurs de la cantine scolaire en grève. Même dans les écoles ikastola basques, où les enseignants étaient censés ne pas faire grève, il y a eu un suivi de 65 %.

Cependant, la journée de grève syndicale en Andalousie a été un désastre. Les syndicats ont adopté des positions différentes, avec des scènes ridicules où des syndicats manifestaient pour des ratios plus modérés dans les écoles mais refusaient de faire grève en même temps que d’autres qui étaient en grève.

Le 22 septembre, une grève des enseignants a été déclenchée dans la Communauté de Madrid. Elle sera suivie d’une autre dans la communauté de Murcie. La situation à Madrid est grave, il y a entre 1400 et 1500 enseignants disparus et il y a trop d’élèves par classe pour pouvoir assurer une distance minimale et des conditions de sécurité. Pire encore, les services minimums pendant la grève à Madrid sont de 100% à l’école primaire et de 90 à 95% dans le reste des niveaux d’enseignement. Cependant, les tentatives d’instrumentalisation de cette situation par les partis au pouvoir sont légion. Pour le PSOE à Madrid, il semble extrêmement raisonnable que les enseignants fassent grève, à condition que cela se produise seulement sur le territoire de la Communauté de Madrid. Podemos soutient la grève à Murcia tant qu’elle est utile pour attaquer l’administration régionale. La conseillère régionale serait incapable de diriger la communauté éducative à travers les défis qui sont à venir. Qui croirait que Podemos et PSOE constituent le gouvernement central espagnol et sont les figures de proue de cette opération de retour à l’école quoi qu’il arrive.

Entre la discorde syndicale et l’instrumentalisation des partis au pouvoir, les journées de grève produisent des résultats pour le moins inégaux, mais elles ne sont en aucun cas les seules grèves en cours durant ces journées. En dehors des appels syndicaux, plusieurs écoles se sont mises en grève de leur propre initiative, comme les écoles d’Agua Dulce et Cuatro Caños à Almería.

France, Portugal, USA…

Bondy

Des grèves auto-organisées continuent de se produire dans les lycées et les écoles françaises, au sein et en dehors des appels syndicaux. En Bretagne, dans la région Parisienne, dans la vallée de la Loire et dans le sud parmi tant d’autres endroits. Avant-hier encore, une grève a eu lieu dans la ville éducative de Bondy, où les enseignants ont protesté contre les nouvelles mesures gouvernementales, notamment parce que le gouvernement français a décidé de ne plus mettre en quarantaine les élèves non infectés dans une classe touchée par la covid.

Comme annoncé par le gouvernement la semaine passée, les règles sanitaires vont être assouplies dans les établissements scolaires à partir de mardi 22 septembre. Désormais, si un enfant est testé positif, sa classe pourra continuer normalement les cours, alors qu’elle était jusqu’à présent fermée.

Le phénomène s’étend à l’échelle internationale, du Portugal – où les écoles demandent une réduction du nombre d’élèves par classe- aux États-Unis en passant par lescrèches belges. Partout et par-delà les frontières et les appareils syndicaux, les enseignants, le personnel de nettoyage, de restauration et de transport se battent pour les mêmes exigences: plus de personnel, moins d’élèves par classe, de meilleures mesures de sécurité. Enfin et surtout, les parents et les élèves les rejoignent en de nombreux endroits.

Il s’agit d’un mouvement mondial qui surmonte les divisions d’emploi au sein des écoles, intègre d’autres travailleurs au-delà des écoles individuelles dans les revendications, et s’organise en marge des syndicats. Tout cela dans un cadre mondial de luttes croissantes.

Autrement dit, nous avons une première ébauche et quelques premières conditions de centralisation. Pour l’instant, il s’agit d’écoles isolées, nombreuses, mais toujours isolées. Une bonne partie d’entre elles essaient de s’appuyer sur les appels des syndicats pour aller plus loin dans cette centralisation et rencontrer d’autres. Cela ne marche pas et ne peut pas marcher. Le rôle des syndicats n’est pas d’étendre les luttes mais de les réorienter depuis terrain de classe dans lequel elles se déroulent de leur propre chef, vers le terrain stérile de la petite bataille électorale entre droite et de gauche pour obliger tout le monde à travailler au-delà du minimum raisonnable pendant une pandémie, comme nous l’avons vu à Madrid. Mais il reste encore beaucoup de luttes à mener. Et la voie est déjà ouverte.

Nous sommes Émancipation | Nous publions Communia en français, espagnol et anglais.

Prolétaires de tous le pays unissons-nous! Supprimons les armées, la police, les frontières, la production de guerre, le travail salarié!!